« Fais attention à ce que tu dis sur les réseaux ».
Cette phrase, tu l’as déjà entendue.
Probablement de ta mère. De ta sœur. D’un confrère plus âgé. D’une amie bien intentionnée.
« Tu en dis trop. » « Garde ça pour toi. » « Tu es thérapeute, tu ne peux pas raconter ça. »
Cette injonction, elle vient d’une vraie inquiétude de protéger ton intimité, protéger ton cadre professionnel, protéger ta réputation. Mais elle finit par te transformer en une praticienne anonyme, lisse, qui publie des citations Pinterest et trois conseils génériques par semaine. Et qui ne touche personne.
Je vais te dire l’inverse de ce qu’on te répète : ton vécu personnel, c’est ce qui rend ton accompagnement précieux.
Ce que tu as traversé, c’est ta source.
Tu n’as pas choisi ton métier par hasard. Tu accompagnes ce que tu as toi-même traversé, un burn-out, un deuil, une dépression, une violence, une reconstruction. Tu sais reconnaître la voix de ta cliente parce que tu l’as eue dans ta propre tête. Tu sais ce qu’elle ressent parce que tu l’as ressenti dans ton propre corps.
Et tes clientes le sentent. Elles ne viennent pas chez toi pour la méthode, elles peuvent la trouver dans n’importe quel livre. Elles viennent chez toi parce qu’elles devinent que tu sais. Qu’elles ne vont pas avoir à tout traduire, tout expliquer, tout justifier.
J’ai cette exemple : une thérapeute que je connais a publié un carrousel sur sa propre dépression d’il y a quelques années. Pas de pathos, pas de détails crus, juste son chemin. Elle a reçu des messages pendant trois mois. Des femmes lui écrivaient « merci d’en avoir parlé, je croyais être seule, j’ai pris rendez-vous ». Aucun post générique sur « 5 signes de la dépression » n’aurait produit ça.

La vraie question n’est pas « combien je dis », mais « pour qui »?
L’injonction « n’en dis pas trop » part du principe qu’il y a deux états : tout dire (dangereux) ou rien dire (sage). C’est faux. Il y a une troisième voie, et c’est la seule qui compte : dire ce qui aide.
Avant de publier quelque chose de personnel, pose-toi une seule question : « Si une cliente potentielle lit ça, est-ce que ça l’aide à se reconnaître ? À se sentir moins seule ? À comprendre qu’elle peut sortir de là ? »
Si la réponse est oui, publie. Si la réponse est « non, ça m’aide juste moi à évacuer », garde-le pour ton journal ou pour ta thérapeute. La différence n’est pas dans le degré d’intime, elle est dans l’intention.
Par exemple, raconter que tu as fait un burn-out il y a cinq ans et ce que tu en as compris, c’est utile à ta cliente. Raconter ta dispute avec ton ex la semaine dernière, ce n’est pas pour elle, c’est pour toi. Le premier post éclaire, le second défoule. Les deux ne se publient pas de la même façon.
Ta famille n’est pas ta cliente cible.
Quand on te dit « attention à ce que tu dis », ce n’est presque jamais ta cliente cible qui parle. C’est ta mère, qui a peur du regard du quartier. C’est ta sœur, qui se sent exposée par procuration. C’est un confrère, qui n’a pas du tout cette posture professionnelle.
Tes proches t’aiment. Mais ils ne sont pas qualifiés pour te dire comment communiquer auprès de ta cible. Eux verront toujours toi. Tes clientes, elles, voient ce qu’elles ont en commun avec toi. Ce n’est pas du tout la même lecture.
Essaie ça : publie un post où tu racontes qu’à 30 ans, tu n’arrivais plus à te lever le matin. Ta mère va te dire « mais pourquoi tu racontes ça, on va penser que tu es faible ». Ta cliente potentielle, elle, va se dire « mon dieu, elle aussi, donc elle va me comprendre ». Les deux lisent le même post. Ils ne lisent pas la même chose.

En résumé,
Oui, il faut des limites. Oui, il y a des sujets qui restent dans ton cabinet, dans ta supervision, dans ton intimité. Personne ne te demande de tout étaler.
Mais entre tout dire et ne rien dire, il y a un espace immense : celui où ton vécu devient un repère pour celle qui te cherche. Cet espace-là, occupe-le. C’est exactement ce que ta cliente attend de toi.
Si ton histoire peut aider quelqu’une à reconnaître la sienne, alors elle a sa place sur tes réseaux.
J’espère que cette article t’aide dans ton futur post, et si tu veux aller plus loin, on en parle, je suis à ton écoute.




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